qcfr.jpgLa maitrise en gestion de projet de l'ESG-UQAM est composée de trois sessions de cours et deux sessions de stage en entreprise. Pour cette session d'Été (Mai à Aout), je devais trouver un stage en gestion de projet.
Bien que mon parcours (ingénierie télécoms et gestion de projet) soit intéressant aux yeux de nombreux employeurs, j'ai eu quelques difficultés pour obtenir des entrevues et donc un stage.

Préparation
Tout d'abord, il faut mettre son CV à jour avec une mise en forme américaine, le traduire en anglais peut aussi être une bonne idée pour élargir son spectre de recherche. Pour en connaitre davantage sur le CV, je vous laisse découvrir cette page.

La recherche
J'ai commencé mes recherches de stage en janvier, dès le début de la session d'Hiver. J'ai utilisé de nombreux moyens et je n'ai pas laissé passer de chances. Ainsi, j'ai répondu aux offres des entreprises s'adressant directement à l'école via notre agente de stage. De plus, j'ai participé à plusieurs forums tels que le salon Technofil2011 ou le forum carrière de l'école polytechnique de Montréal.
Au total, j'ai postulé à plus d'une dizaine d'offres et j'ai envoyé mon CV plus de 30 fois.

Temps morts
Il y a plusieurs périodes lors de la recherche où l'affluence des offres diminue grandement et le nombre de réponses est quasi nulle. D'ailleurs, très peu de compagnies répondront pour vous dire qu'elles n'ont pas retenu votre CV.
Il faut aussi prendre en compte que les mots "stage" et "stagiaire" sont plutôt péjoratifs et n'aident pas à trouver un poste à responsabilités.

Expérience et désillusions
Plusieurs offres correspondaient à mon profil notamment une possibilité dans le département technologique de Desjardins, une banque coopérative. Il s'est avéré que mon dossier n'a pas été retenu parce que je suis français. Je ne base pas ce constat uniquement sur mon vécu. Parmi les cinq ou six candidats pour Desjardins, ou encore Banque Nationale, il y avait trois Français, aucun n'a été retenu en entretien. La raison est compréhensible, mais non justifiée : les compagnies ne souhaitent pas investir du temps et de l'argent dans la formation d'un français qui risque de rentrer dans son pays après ses études.
Finalement, il fallait que je vienne au Québec pour être victime de discrimination...

Côté entrevues, j'ai été rappelé par deux compagnies. La première était CGI, leader dans le domaine des technologies de l'information et de la communication (TIC) au Canada. Mon profil correspondait parfaitement à l'offre, cela s'est confirmé lors de l'entretien puisque ces derniers recherchaient une sorte d'expert en MS Project et j'avais justement suivi un cours de MS Project avancé. Cependant, une rumeur courrait que CGI souhaitait embaucher une femme (pour changer). Cette rumeur a eu raison, le mandat a été changé pour correspondre au CV de la seule femme sélectionnée en entretien, qui a donc eu le stage.
J'ai pensé pendant une semaine que CGI appellerait soit pour proposer le mandat initial, soit pour me préciser qu'il avait fait leur choix. Je n'ai jamais eu cet appel qui est, selon moi, obligatoire pour une entreprise avec un minimum d'éthique. J'ai donc rayé cette entreprise de mes futurs choix.
Finalement, alors que je perdais un peu espoir et que j'avais épuisé tous mes contacts et ressources. Bell, première compagnie en télécommunications, est venue proposer un stage dans le département Bell Web Solutions. Ils recherchaient une "ressource" (oui, c'est du langage de gestionnaire de projet) avec une formation technologique conséquente (i.e. Ingénieur). Je me suis retrouvé comme unique candidat, l'entretien fut une formalité pour faire un peu connaissance. Je dois dire aujourd'hui que je suis très heureux de ce stage qui m'apporte beaucoup et sera sans doute une pierre fondatrice de ma future carrière de gestionnaire de projet.

Témoignage d'un immigrant français souhaitant rester au Québec
J'ai partagé ce billet avec Nicolas, un immigrant français d'origine polonaise et futur papa au Québec. Il acquiesce que la principale raison est effectivement que l'étudiant français (en échange qui plus est) représente un risque de partir vite du Québec, ne représentant ainsi pas un investissement sur le long terme. Mais selon lui, c'est plus complexe, et la source de ce problème peut être aussi ailleurs.
En effet, le comportement assez chauvin voir parfois un peu arrogant et condescendant de certains Français nous donne une mauvaise réputation. Notre héritage colonialiste y serait-il pour quelque chose ? Certainement, mais là n'est pas la question. Nous parlons la même langue, mais nous n'avons vraiment pas la même culture ni la même approche face, par exemple, au travail. Le rapport à la hiérarchie ou encore aux collègues est très différent . L'un n'est surement pas meilleur que l'autre mais disons que c'est juste "un autre monde". Donc, il arrive que les employeurs préfèrent des immigrants qui ont eu le temps de s'intégrer et de comprendre les nuances du Québec par rapport à la France, et c'est d'autant plus vrai plus dans le monde du travail.

De plus, il est de plus en plus difficile de trouver du travail en Europe, tout le monde fait des études supérieures pour se retrouver à travailler dans un Décathlon. Parmi ces nombreux Français ne trouvant pas d’emploi, beaucoup s'imaginent que le Québec leur ouvrira toutes les portes sans faire un effort d'adaptation, il s'agit d'un piège à éviter. Les employeurs voyagent, connaissent la crise européenne et savent très bien pourquoi certains sont là, c'est-à-dire des personnes qui n'ont rien trouvé à la hauteur de leurs attentes ou ambitions en France. Malheureusement, lorsqu'il y a une opportunité en terre natale, ces Français sont les premiers à vouloir revenir et laisser leur terre d'adoption au profit de cette bonne vielle France, son terroir et son mode de vie.
L'Amérique du Nord n'est pas pour tout le monde et nombreux sont ceux qui, mal préparés, sont désillusionnés.

À retenir
Le Québec regorge d'opportunités pour les personnes ayant une formation au niveau "maitrise" (master). Cependant, les impressions sont souvent trompeuses et malgré le nombre conséquent d'offres, il est difficile d'être retenu à cause du côté péjoratif d'un stage et la réputation des Français quant à leur intention de rester au Québec ainsi que leur manière de travailler.